Avant-propos

Dans Les aventures d’Alice au Pays des Merveilles, pour le Chapelier Fou et le Lièvre de Mars, c’est toujours l’heure du thé. Autour des tasses fumantes se répètent à l’infini des discussions insensées et en arrière-plan une réflexion sur le Temps, sur son appropriation et les moyens de le maîtriser... ou non.

Le Lièvre de Mars explique à Alice, l’invitée du jour, que l'on peut obtenir du Temps ce que l’on désire, à condition d'être en bons termes avec lui :
- "Par exemple, à supposer qu’il soit neuf heures du matin (...) vous n’auriez qu’un mot à dire au Temps, et l’aiguille ferait le tour du cadran en un clin d’œil ! Voilà qu’il serait déjà une heure et demie, l’heure du déjeuner !
- Ce serait certes magnifique, dit Alice, pensive ; mais alors... mais alors... voyez-vous, je n’aurais probablement pas faim.
- Au début, peut-être pas, dit le Chapelier ; mais vous pourriez faire rester les aiguilles sur une heure et demie aussi longtemps qu’il vous plairait."

Formidable, non ? Problème : le Temps et le Chapelier se sont brouillés, et l'horloge reste à présent bloquée sur six heures, heure du thé. Les personnages se retrouvent également coincés à cette heure, comme si l’écrivain lui-même n’arrivait pas à les libérer.

Le metteur en scène, le comédien, jouent avec les horloges et sont obsédés par le Temps : comment le contourner, faire croire qu’il est midi puis 17h00, que trente ans se sont écoulés en dix minutes. Et plus on le contourne, plus il s’installe au cœur de toute création.

Il est la contrainte majeure, à partir de laquelle l’imaginaire prend son envol...